Mobilisation
Je fus mobilisé le 5 Septembre 1939 au 19ème régiment
d’artillerie, 2ème batterie d’où je partis le
14 par le train pour une direction inconnue.
Après avoir roulé nuit et jour au ralenti, nous débarquons
le 17 près de Naney où nous avons rencontré de braves
personnes qui nous donnent casse-croûtes, café, vin, etc.,…
puis par la route nous sommes allés à Rornémon dans
une ferme et y avons passé une quinzaine de jours bien tranquilles.
Puis, nous sommes partis dans une autre ferme (je ne me souviens plus
du nom). Nous allions travailler à 10 km, préparer nos positions
de repli. Après 5 ou 6 jours, nous partons pour Lisering, nous
les servants et les conducteurs puis pour Fresbouse où nous restons
une dizaine de jours : nous travaillons sur nos positions de repli, des
tranchées, ….
De là, nous montons en ligne à Faresbervillers où
nous restons 23 jours, très calmes. Nous couchons dans le sous-sol
d’une maison : nous n’en sortons que pour tirer quelques rafales
auxquelles nous n’avons jamais eu de réponse. La nuit, nous
entendions les fantassins devant nous qui tiraient de temps en temps et
aussi quelques combats d’avions mais assez loin de nous.
Le 11 Novembre, pour fêter l’armistice, nous avons fait un
bon « gueulton » à notre batterie : un vrai repas de
famille, les officiers étaient assis à la même table
que nous. Je ne me souviens pas avoir autant bu de « gniole »
que durant les 23 jours passés ici. Notre lieutenant et quelques
camarades avaient été réquisitionnés à
Forback et comme l’eau n’était pas potable, nous buvions
de l’eau de vie. Enfin, nous partons au repos à Lisering
où nous reprenons nos travaux.
Le 25 Novembre, je pars en permission et avec quelle joie ! Depuis près
de trois mois d’absence, quel plaisir de revoir sa famille !
Le 8 Décembre, je reviens retrouver mon régiment au camp
de Sissonne où nous restons jusqu’au 12 janvier, nous y passons
Noël et le Jour de l’An 40. Où passerons-nous le prochain?…
Le 12 Janvier, nous partons pour Auge (Ardennes) où nous arrivons
le 15 au matin, le soir, alerte : il faut partir avant d’être
installés… Nous voici donc en route pour la Belgique, mais
entre temps les choses s’étant arrangées nous n’allons
que jusqu’à Signy-le-Petit, nous y passons la nuit et le
lendemain, nous revenons à Auge reprendre notre cantonnement. Nous
voici donc installés, pour combien de temps ?…
Auge est un tout petit village, il n’y a plus de bistrot, aussi
pour le « bon » moral du soldat français, pour qui
c’est indispensable, il est donc décidé de monter
un genre de coopérative dont je suis le gérant : on y vend
un peu de tout pour le besoin du soldat, mais la boisson l’emporte
de beaucoup, ainsi vin chaud, vin blanc et rouge, Rhum, eau de vie, Pernod,
Bhyrr, Picon, Suze, etc., et moi, que de froid j’ai enduré
dans cette « coopé » ! située dans une vieille
grange sombre et humide. Enfin, malgré tout j’étais
à l’abri de la pluie, sauf le matin quand j’allais
au ravitaillement à Auvillers-les-Forges à 8 km où
je trouvais à peu près de tout.
Malgré la crise de l’huile, nous avons mangé une quantité
énorme de pissenlits. Je faisais également bien souvent
les commissions pour des civils qui me rétribuaient soit en boissons,
en beurre ou en œufs et même en jambon de temps en temps.
Nous allions avec mon camarade BOIRIE donner un coup de main aux civils
pour la batteuse ou bêcher leurs jardins, ils en étaient
très contents et nous, cela nous passait le temps.
Le 28 février, je pars pour ma deuxième permission toujours
avec la même joie de retrouver ma petite famille en bonne santé
et surtout mon dernier né qui avait bien grandi.
Le 12 Mars, je suis de retour avec un grand « cafard »! Je
ne pouvais plus supporter le bruit et le tintamarre de la coopé.
Alors je laisse choir au début d’Avril, juste après
le départ de notre brave capitaine Ermanuelli qui d’ailleurs,
fit couler plus d’une larme.
Après avoir quitté la coopé, je fus remis au service
de la batterie comme brigadier de pièces : je m’occupais
du soin des chevaux, faisais des promenades à cheval et un peu
d’école de pièces.
La vie passait de façon assez douce, ce n’était pas
la guerre, nous étions tous abrutis par la longueur du temps, par
le cafard.
Pendant ces quatre mois de calme, devant la lenteur des évènements,
le crâne bourré par les journaux, nous attendions, inconscients,
sans espoir d’une fin de guerre prochaine.
Départ pour la Belgique
Un beau matin, le 9 mai : Alerte, départ immédiat pour la
Belgique. Nous prenons donc la route un peu avant la nuit après
avoir dit au revoir aux civils et les remercier de leur bon accueil.
Après avoir voyagé toute la nuit, nous arrivons à
la pointe du jour, dans un petit village où nous nous cachons tant
bien que mal pour éviter d’être vus par une dizaine
d’avions allemands qui survolent le village.
Après leur départ, nous allons nous cacher dans un bois,
à environ un kilomètre de là. Nous y passons la journée,
il faisait beau, ce qui nous permis de nous reposer un peu. Mais dans
l’après-midi, les avions reviennent sur le village et laissent
tomber 3 bombes qui démolissent le clocher et la voie ferrée.
C’était le premier bruit de bombe que nous entendions depuis
le début.
A la nuit, nous repartons. Après avoir traversé la frontière
belge et suivi une longue mais belle route, nous nous arrêtons dans
un bois près d’une ferme où nous passons une nouvelle
journée. Nous entendons au loin le bruit du canon et qui, pour
la première fois nous fit croire à la vraie guerre c’était
le 11 mai 40.
Nous repartons le soir après avoir mangé la soupe tant bien
que mal car il fallait faire vite. Nous marchons encore toute la nuit.
Au matin du 12, nous entrons dans un bois , pensant nous y reposer, mais
nous le traversons par un très mauvais chemin d’où
s’ensuit une légère pagaille qui devait être
bien plus grande par la suite :
Nous étions obligés de doubler les attelages pour monter
une grande côte. Les premières pièces montées
partirent laissant les dernières se débrouiller seules.
Enfin, parvenus à monter, non sans mal, nous partîmes à
la recherche des pièces manquantes, mais n’ayant laissé
aucun repère sur le chemin, il nous fut impossible de les retrouver;
Nous continuons à chercher ainsi une bonne partie de la matinée
sous le vol des avions allemands qui auraient pu nous écraser en
peu de temps s’ils en avaient eu l’intention.
Vers 10h30, ne nous voyant pas arriver, on vient à notre rencontre
et retrouvons les collègues dans un bois où nous faisons
une halte pour manger le peu de vivre que nous avions dans nos musettes,
certains même n’avaient plus rien.
Nous repartons pourtant, le ventre creux depuis la veille, sans même
prendre une tasse de jus. Puis vers midi, nous allons mettre en batterie
sur une petite côte toujours sous le vol des avions allemands. Je
reviens avec les chevaux et les avants trains dans le bois. Nous cherchons
du foin et de l’avoine dans un petit village à proximité
pour les chevaux qui sont très fatigués aussi.
Un peu en avant de nos positions, les avions allemands mitraillent et
bombardent durant toute la soirée. Enfin harassés de fatigue,
nous nous endormons dans le bois près des chevaux jusqu’au
lendemain matin. Nous sommes réveillés par la fraîcheur
et non sans avoir les cotes raides.
C’était le 13 (Lundi de pentecôte), n’ayant rien
à manger nous serrons la ceinture d’un cran, mais bientôt
n’y pensons plus car les avions revenus ne cessent de mitrailler
les bois devant nous, venant jusqu’au dessus du nôtre et nous
nous demandons ce qu’ils viennent faire, enfin heureusement, rien
pour nous. A la nuit, la soupe nous arrive mais les servants qui sont
aux pièces n’ont rien ou presque pas.
A 22h00, nous recevons l’ordre de monter chercher les pièces
pour nous replier, mais quand nous arrivons, on nous dit d’attendre,
puis vers minuit, on nous dit de repartir : l’alerte avait été
chaude mais sans suite. Nous retournons dans le bois où dans l’obscurité
nous attachons les chevaux plus ou moins bien et nous nous endormons pendant
que tout est calme.
Le 14 au matin, nous sommes sur le qui-vive car le bruit court que les
allemands ont traversé la Meuse – nous étions en batterie
au Bois du Roi, à environ 12 kms de Dinan – nous n’avions
rien à manger mais n’y pensions guère.
Vers 10h00, l’ordre nous est donné d’aller chercher
les pièces avec un «beau début » puisque deux
chevaux ont été perdu pendant la nuit. Enfin il faut y aller,
nous partons donc et faisons les 2 ou 3 kms sous les avions qui nous regardent
faire, en ayant la partie belle, car durant les 3 jours passés
là, aucun avion français ou anglais n’est venu chasser
les allemands qui ont pu faire tout ce qui leur plaisait. Enfin, nous
revenons avec nos pièces et tout le personnel car malgré
le bombardement aucun n’a été blessé ou tué.
Nous nous retrouvons rassemblés dans le petit village avec les
deux batteries quant au même moment 3 ou 4 bombes sont lancées
et tombent à une cinquantaine de mètres derrière
nous : nous en partons en vitesse !
Et là commence une histoire personnelle : un sous-officier ne pouvant
faire suivre son cheval, me le confia en me disant : « suis comme
tu pourras ».
Nous voici partis sur une grande route bordée de hauts peupliers
qui nous préservent un peu de la vue des avions. Bientôt,
je suis distancé par la batterie, car mon cheval ne veut pas marcher.
Je les rattrapai de temps en temps lorsqu’ils s’abritaient,
mais aussitôt repartis, ils me laissaient derrière.
A un moment, nous fûmes obligés de traverser un village et
ensuite des champs. Nous avons subi plusieurs rafales de mitrailleuse
et quelques bombes. Heureusement, il n’y eu aucune victime. En arrivant
dans un bois, un régiment motorisé qui était camouflé,
démarra et de ce fait, un encombrement formidable se produisit.
J’en profitai pour rattraper la batterie, mais deux caissons étant
absents, l’adjudant me dit de rester là pour les guider sur
le chemin de la batterie, il était environ 13h00.
Aussitôt la batterie partie, elle fut fortement bombardée
et mitraillée, puis ce fut le tour du régiment motorisé
qui était encore là, car la route étant coupée
devant, il ne pouvait ni avancer, ni faire demi-tour : une pluie de balles
et de bombes vient s’abattre sur eux en faisant un dégât
formidable et moi, resté là à ce carrefour, je me
réfugiait à chaque rafale dans un petit bois tout proche.
Vers 16 h, ne voyant pas mes deux caissons arriver, je me décidai
à partir, mais ou retrouver ma batterie disparue pendant les attaques
?
Je pars à l’aventure, seul avec mon cheval que je traîne
par la bride. A environ 2 kms de là, je trouve la CR du 219ème.
Je leur demande s’ils ont vu passer le 19ème, mais non, rien.
Le capitaine me dit de les suivre.
Me voici donc parti avec mon vieux cheval mais je ne pus encore pas les
suivre.
A quelques kilomètres de là, mon cheval ne voulait définitivement
plus avancer, je lui enlève donc la bride et la selle et je l’envoie
dans une prairie.
Je pars donc à pied, seul sur la route parmi les débris
de canons, de caissons, de cadavres d’hommes et de chevaux, me jetant
à plat ventre à chaque instant car les avions sont toujours
là. Je suis ma route, démoralisé, fatigué,
le ventre creux.
A quelques kilomètres de là, je retrouve certains de mes
camarades qui me racontent qu’ils ont été contraints
d’abandonner le matériel ; une seule pièce sur les
12 du groupe a pu être sauvée. Ils m’apprennent également
que mon chef de pièces a été tué ainsi qu’un
servant…
Si je n’avais pas eu à m’occuper de ce vieux cheval,
j’aurais du être assis à côté de lui,
et donc ?!…
Un des conducteurs a eu une jambe et un bras arrachés. Un vrai
carnage!.
Nous poursuivons notre route vers un petit village. Dans une maison démolie
par une bombe, nous trouvons sur une table des restes d’un poulet
rôti et un peu de pain très dur que nous avalons de bon cœur
et après une descente à la cave, nous trouvons de la boisson
sucrée. Après s’être restaurés, nous
repartons.
Après quelques kilomètres, nous trouvons dans une ferme
des pommes, nous nous emplissons les poches et repartons à l’aventure
sans trop savoir vers quel côté aller.
Les avions sont encore passés, la route est jonchée de cadavres
d’hommes et chevaux, et de matériel.
La nuit tombe, nous rencontrons une batterie du 219ème d’artillerie
qui se replie. Nous décidons de la suivre mais peu après,
elle est mitraillée en pleine nuit par un avion. Alors, nous l’abandonnons
et reprenons la route seuls. Arrivés dans une maison, nous nous
arrêtons sur un tas de fagots, sous un hangar, et après s’être
reposés 2 heures, nous repartons, le jour se lève.
Nous sommes le 15. Nos provisions de pommes étant épuisées,
nous cherchons de quoi nous ravitailler. Dans une ferme abandonnée,
après un rapide examen, nous découvrons 2 boîtes de
sardines, un verre de confiture, un paquet de biscuits et quelques bouteilles
de bière que nous dégustons en vitesse, à cinq que
nous étions et nous voici de nouveau sur la route.
Il faut souvent faire du plat ventre car les avions sont revenus. Bientôt
nous arrivons dans un village où une section d’infirmiers
se préparait à partir. En les priant un peu, nous obtenons
2 boîtes de biscuits et 4 bouteilles de vin bouché. Dans
un magasin, je prends une paire de chaussons car j’ai les pieds
en sang.
Nous sommes deux, juste au moment où passe un camion. Nous lui
faisons signe d’arrêter et croyant que les copains suivent,
nous sautons dedans, mais il démarre aussitôt et voilà
notre équipe réduite à 2. Je regrette d’avoir
abandonné mon meilleur copain Boirie.
Après 15 ou 20 kilomètres, nous arrivons à la frontière.
Le camion nous y dépose, il fait beau, nous nous reposons 1 heure
au soleil. Un douanier charitable nous donne une bouteille de cidre qui
est la bienvenue.
Nous sommes dans l’Aisne. Nous commençons à nous reconnaître
un peu mieux. On nous dit que notre régiment doit se reformer à
Aubanton.. Nous partons donc en direction d’Hirson.
En chemin, nous rencontrons un sous-officier du 19ème qui ramenait
l’unique pièce du groupe qu’il avait pu sauver. Nous
montons sur l’avant-train. A la nuit, nous sommes à environ
2 kms d’Hirson quand on nous fait arrêter dans un bois car
la ville est en train d’être évacuée.
Mon collègue et moi allons nous réfugier dans une vieille
grange non loin de là, et nous endormons. Mais vers 3h00 du matin,
le 16 mai, nous sommes réveillés par le passage de troupe
qui se replie, nous sortons et décidons d’aller quand même
vers la ville, dans l’intention d’aller sur Aubanton.
Nous cherchons de quoi manger, car nous sommes morts de faim. Un camarade
nous donne une boite de sardines et j’achète un litre de
vin , que des civils non évacués nous vendent. Plus tard,
nous trouvons dans une épicerie démolie par une bombe, des
biscuits, du chocolat, des bonbons. Nous en remplissons nos poches et
nous partons vers Aubanton, mais un peu plus tard, nous trouvons des civils
avec des enfants qui crèvent de faim. Nous leur donnons aussitôt
notre réserve, sans nous soucier du lendemain.
Ils nous disent de ne pas aller plus loin car les allemands sont arrivés
dans la ville. Nous ne pouvions le croire, nous faisons quand même
demi-tour et on se dirige vers Vervins.
En route, nous prenons dans un café, un litre de vin et un bidon
de cidre, et là, nous retrouvons notre adjudant et un sous-officier.
Nous entrons dans une prairie à quelques centaines de mètres,
pour traire des vaches qui étaient au champ. Après avoir
bu un bon coup de lait, nous prenons la route de Marle. L’adjudant
en vélo, le sous-off à cheval nous ont quitté avançant
plus vite que nous.
Les avions sont de nouveau là, il faut souvent se cacher. La route
est bondée de civils et de soldats, fuyant tous, sans trop savoir
où aller.
A 3 ou 400 mètres de la ville, des fusées blanches nous
passent devant. Ce sont des parachutistes qui étaient cachés
dans un petit bosquet.
Nous traversons la ville, marchant à vive allure, oubliant la fatigue
et la faim. Nous prenons la direction de Laon. A peine sortis de la ville
de Marle, voilà l’artillerie qui tire sur nous légèrement
en arrière et à droite de notre position.
Les civils affolés fuient de plus en plus vite, nous les imitons
en espérant passer Laon. Mais, à environ 15 kms avant d’y
arriver, nous voyons venir sur notre gauche un groupe de chars et d’autres
mitrailleuses ! Ce sont des Allemands ! Que faire ?
Il sont sur nous ! Faire demi-tour, l’artillerie tire de plus en
plus pendant ce court réflexe. Elle débouche devant nous,
les allemands laissent passer les civils et nous mettent en joue ! Il
n’y a plus qu’à lever les bras, nous sommes prisonniers
!!
Prisonnier
Qu’allons-nous devenir ? Les bruits les plus divers courent.
Nous sommes 42 de divers régiments, rassemblés près
de leurs chars. Ils nous désarment. A moi, ils prennent mon revolver
dans lequel je n’ai jamais pu y rentrer une balle et un soldat le
met dans sa botte. Les collègues ont vu leurs fusils cassés
contre les arbres, et, sans perdre de temps, ils nous indiquent une route
à suivre, remontent tous en voiture et repartent aussi vite qu’ils
sont arrivés.
Une vingtaine , moi y compris, sur les 42 que nous étions, suive
la route indiquée, non sans entendre les conversations les plus
diverses, l’autre équipe continue sur Laon.
Nous, après avoir marché 5 ou 6 heures, on arrive dans un
petit village. La nuit, nous nous couchons dans une écurie, harassés
par la fatigue, le moral bien bas et dormons jusqu’au matin. A notre
réveil, toujours seuls, notre équipe a diminué. Nous
restons une dizaine, les autres ont essayé de se tirer, mais ont
été ramassé.
Un peu plus tard, nous faisons le tour de la ferme à la recherche
de victuailles mais rien, sauf quelques œufs. J’en ai trouvé
3 que j’ai avalé de bon cœur.
Vers 10h00, n’ayant toujours personne pour nous garder, nous décidons
de revenir sur nos pas. En passant dans un petit village, nous trouvons
quelques biscuits et du tabac dans une épicerie dont la porte était
restée ouverte. Vers 11h00, une voiture passe et nous fait diriger
sur Crécy sur Serre.
Arrivés, on nous met dans un pré où il y avait déjà
plus de 200 collègues. Nous passons ici le reste de la journée
du 17, non sans avoir serré la ceinture. On nous emmène
coucher dans une grande ferme. Nous logeons dans une écurie où
nous ne sommes pas trop mal malgré le peu de paille qu’il
y a.
Le 18, vers 9h00, nous reprenons la route avec quelques tiraillements
dans l’estomac pour La Tère où une grande ferme est
à notre disposition. Dans l’écurie, nous trouvons
des betteraves qui sont notre repas de la journée. Il fallait voir
comment nous mordions dedans ! La nuit se passe bien.
Le matin, à notre réveil, on demande des bouchers, des boulangers
pour aller faire du pain en ville et tuer des vaches. Mais au moment où
l’on croyait un peu se restaurer, il faut partir. Les collègues
qui avaient été en ville rapportent un peu de charcuterie.
Nous réussissons à avoir un peu de pâté de
tête qui commence à sentir, mais cela ne fait rien.
Donc, le 19, vers 10h00, nous partons pour Marle où on nous fait
coucher dans l’église, assis sur les chaises. Il nous est
impossible de remuer les jambes, aussi la nuit est-elle mauvaise.
Le 20 au matin, nous partons pour Rozoy sur Serre. On nous met dans une
prairie, et on nous dit que l’on peut écrire. Aussitôt,
tout le monde se met au travail, mais les lettres, arriveront-elles ?…
On tue 2 veaux qu’on distribue à chacun de façon plus
ou moins égale. Nous en attrapons un peu et le faisons cuire sur
du feu, allumé dans la prairie. La nuit approchant, il faut l’éteindre,
alors cuit ou pas, nous le mangeons tel quel et nous voici une fois de
plus couchés à la belle étoile !
Le 21 au matin, les côtes un peu raides, nous partons pour Maubert-Fontaine.
35 kms dans les jambes nous font digérer le déjeuner que
nous n’avons pas eu pendant le parcours. Tous les ruisseaux ou fontaines
avaient notre visite car nous sentions notre estomac de plus en plus vide,
alors nous buvions de l’eau pour le remplir. Nous avons trouvé
du marc de café qui avait déjà servi mais nous en
avons fait du café, un peu clair ! C’est tout ce que l’on
a eu pour la journée.
La nuit a été plutôt froide, et le matin, pour nous
réchauffer, nous partons pour Charleville. C’était
donc le 22 mai 40.
Dans cette étape, j’ai rencontré des commerçants
où j’allais me ravitailler tous les jours étant à
Auge. Ils n’ont même pas pu me donner un morceau de pain car
leur magasin avait été pillé. Enfin, après
bien des efforts et le moral bas, nous arrivons à Charleville.
On nous donne une gamelle de soupe aux nouilles qui fut bien accueillie
car c’était la première depuis 10 jours. Dans la nuit,
les avions anglais sont venus sur la ville, ce ne fut qu’un bruit
de DCA toute la nuit.
Le 23, nous partons pour une étape de 45 kms. La pluie se met à
tomber à mi-chemin, bien trempés et terriblement fatigués
nous arrivons à à Bouillon (Belgique). Vers 23h00, la moitié
est logée dans l’église et l’autre dans une
maison où les fenêtres sont parties. Je me trouve heureusement
à coucher dans la maison (car je me rappelle de l’église
de Marle). Nous nous étendons sur le parquet, nous sommes trempés
jusqu’aux os, mais nous dormons bien quand même.
Le matin du 24, on nous emmène dans un vieux château-fort
et l’on nous donne une espèce de soupe, environ un quart
chacun, et ensuite on nous fait vider no^poches : couteaux, rasoirs, briquets,
ceinturons, fourchettes, etc,… et pour la première fois,
légèrement malmenés. C’est vrai qu’il
y avait une belle pagaille car nous étions au moins 5 ou 6 mille.
Puis après avoir longé la Meuse pendant plusieurs centaines
de mètres, nous prenons la route sous un soleil de plomb. Nous
nous arrêtons à toutes les fontaines ou les ruisseaux pour
boire et prendre de l’eau.
Un événement dramatique s’est produit sur la route
: un camarade approchant d’une voiture pour attraper un morceau
de pain qu’on lui tendait, la sentinelle le voyant tira un coup
de mousqueton sur la route pour le faire rentrer dans la colonne, mais
la balle fit ricochet, le tuant net sur le coup. Alors, on le traîna
dans le fossé et on continua notre route toujours sous la chaleur.
A la moindre goutte d’eau, c’était une véritable
ruée. Nous arrivons le 24 au soir à Bertrix où un
camp à la belle étoile était désigné
pour nous recevoir. Le régime alimentaire n’ayant pas changé,
nous serrons la ceinture une fois de plus. La nuit ne fut pas très
chaude, ni très calme, car les anglais sont venus faire un tour
et la DCA n’a pas cessé de tirer durant plus de deux heures.
Au réveil, nous avons la joie d’attraper un petit morceau
de viande de veau qu’on avait tué. Nous le faisons cuire
ou plutôt fumer selon notre mode de cuisson habituelle.
Nous partons pour Libramon où on nous fait faire une pause de 3
heures en plein soleil, à tourner autour d’un champ comme
des fauves en cage qui attendent leur repas, puis nous repartons pour
Neufchateau. Nous y arrivons vers 18h00 le 25. Nous héritons d’une
soupe, et comme logement ,d’une prairie dans un bas-fond où
serpentait un petit ruisseau qui nous permet de nous nettoyer et nous
rafraîchir à volonté. La nuit aurait été
assez bonne sans les tirs presque continuels de la DCA.
Le 26, nous avons la joie d’apprendre que la journée serait
repos. La nouvelle fut très bien accueillie car nous étions
tous à bout. Nous touchons un peu de pain et du fromage le matin.
Dans l’après-midi ayant attrapé du poumon de cheval,
nous le faisons bouillir et nous le mangeons à moitié cuit,
sans sel, en buvant le bouillon. Jamais, je n’ai rien trouvé
d’aussi mauvais mais tant pis, cela bouche un trou !
Le 27, nous allons à la gare, dans un camp très réduit,
nous étions tassés comme des sardines avec pour matelas
des cailloux. Nous touchons 125 grammes de biscuits secs et un demi-fromage.
Le 28, même régime. Le soir, il pleut, il ne fait pas chaud.
Avec les flaques d’eau partout, il est impossible de se coucher.
Certains ont des toiles de tentes et peuvent s’abriter mais moi,
je n’ai rien. On fait sortir quelques uns, et je suis du nombre,
pour aller coucher dans un wagon. Mais nous sommes 70, il est impossible
de dormir mais cela ne fait rien, nous sommes à l’abri.
Le 29, 250 g de biscuit et le soir un petit morceau de viande que l’on
mange crue car elle était très bonne.
Le 30, 250 gr de biscuits et nous voici embarqués dans un wagon
découvert où il ne fait pas chaud pour passer la nuit. Au
matin, après avoir traversé le Luxembourg, nous arrivons
à Treve.
Le 31 vers 8h00, arrivés, nous attendons qu’on nous désigne
une baraque ce qui se fait vers 10h00.
Après reconnaissance de notre emplacement, nous faisons la queue
pour la soupe. Vers 17h30, nous sommes à quelques pas des cuisines
quand on nous dit qu’il n’y a plus rien. Alors, on nous emmène
chercher un casse-croûte composé de 4 tartines de pain, de
fromage et de margarine. Après avoir avalé ce repas minime,
nous allons nous coucher sur la paille où malgré les tirs
de DCA, nous dormons comme des loirs.
Le 1er Juin au matin, nous touchons quelques biscuits et de la confiture
puis nous faisons la queue pour la soupe. Vers 15h00, on réussit
à avoir un plat de haricots qui fut comme toujours le bienvenu.
Le soir, nous embarquons, serrés comme des sardines et nous voyageons
toute la nuit. Vers 8h00 du matin, nous passons à Marburg. On nous
ouvre la porte pour nous faire uriner et distribuer un peu de pain sec
et du café. Nous repartons et voyageons toute la journée
du 2 et la nuit suivante sans sortir du wagon.
Luckenwalde
Enfin, le 3 au matin , nous débarquons à Luckenwalde. On
nous emmène dans un camp, aménagé pour nous qui est
notre stalag 3A. Nous sommes soulagés d’être arrivés
car nous sommes épuisés par la fatigue et la faim et complètement
démoralisés. Enfin, vers midi, on nous sert une assiette
de soupe qui est happée en peu de temps et nous tombons sur la
paille où pendant 3 jours, nous dormons sans arrêt sauf pour
manger.
Nous sommes logés sous des tentes. Nos gardiens nous font bonne
impression, et par la suite, on reconnaît que ce sont tous de braves
gars. Enfin, une semaine de repos complet, nous fait le plus grand bien
mais nous sommes toujours affamés. La nourriture n’est pas
assez abondante : le matin, nous avons du café c’est à
dire de l’orge grillée, le midi 1 litre de soupe, et le soir
350 g de pain avec soit du beurre ou du saucisson, ou du fromage, ou du
miel ou de la margarine. Il est impossible d’apaiser notre faim
et bien souvent, je me suis couché et endormi pour ne pas songer
à manger.
Nous demandons tous qu’une seule chose, partir travailler. Et voilà,
que le 16, je passe la visite comme volontaire pour le travail et le 17
au matin, nous partons à 80. On nous emmène au camp Halteslager,
à 7 kms de Jüterborg. Je me retrouve dans une équipe
de cultivateurs de 20 hommes. Après avoir mangé un bon plat
de soupe, nous partons à 13h00 au foin. Notre gardien a l’air
très sévère. Nous travaillons de notre mieux mais
les forces manquent. Les civils qui travaillent avec nous sont très
gentils, notre directeur aussi.
Après les foins, nous faisons tous les autres travaux, fumier,
moisson, battage, etc.,… nous logeons dans une baraque en bois très
propre et bien aménagée avec de bons lavabos. Nous pouvons
nettoyer notre linge et nous-mêmes. Nous couchons dans un lit avec
des draps, mais au bout de quelques mois, on nous les enlèvera.
La nourriture est un peu juste : café le matin, un petit casse-croûte
avec confiture le midi et le soir casse-croûte avec graisse de porc
ou beurre, et fromage ou boudin ou pâté ou saucisson. De
temps en temps, nous faisons un peu de « tambouille » quand
on a pu resquiller quelque chose comme des pommes de terre, carottes,
choux, d’ailleurs très souvent ramassés dans les baquets
à cochons. Quelquefois, nous avons un peu de rabiot des cuisines.
Malgré une nourriture très réduite et plus ou moins
appétissante, nous vivons mieux qu’à stalag mais sans
force, ni courage pour le travail.
Le 10 Août, nous voyons partir notre chef d’équipe,
un lorrain, cela nous donne l’espoir d’une libération
prochaine et donne cours à tout un tas de bobards. On parle de
renvoyer les alsaciens, puis les lorrains, les bretons, les corses, les
noirs,… tout cela nous remonte le moral avec aussi l’apparition
de quelques lettres et colis (le 8 septembre).
Mais une chose, nous cause quelques soucis, les avions anglais viennent
presque toutes les nuits du 15 Août à ce jour. Seulement
3 nuits ont été calmes. Ces jours-ci, 3 bombes sont tombées
à quelques centaines de mètres de notre baraque dont une
sur une maison de civils.
Le 15 Septembre, je reçois mon premier colis, je suis très
heureux car j’apprends par le cachet de la poste que ma femme est
dans l’Indre, mais il n’y a pas de lettre. Que sont devenus
mes gosses ? La famille est-elle en bonne santé ? Autant de questions
sans réponse!… Les colis arrivent, à bonne cadence,
souvent 2 ou 3 par semaine.
Le 17 Septembre, nous entrons dans notre meilleure période : nous
ramassons des pommes de terre. Le travail est très dur à
cause du mal aux reins, la machine marche à vive allure. Nous n’avons
pas le temps de lever la tête, nous faisons 10 heures, mais nous
sommes assez bien récompensés car nous pouvons remplir nos
poches 2 fois par jour à midi et le soir. Notre réserve
grossie vite.
Mais un petit incident vient nous l’anéantir : ayant trouvé
des poux, il faut faire le nettoyage complet alors nos pommes de terre
qui étaient sous nos lits furent mises dans les lavabos. De ce
fait, toute la chambrée se sert et en trois semaines, il n’y
a plus rien. Mais nous recommençons les réserves et en conserverons
jusqu’en Mars.
Enfin le 30 Octobre, j’ai la joie de recevoir ma première
lettre ! Ah, quelle joie ! Que je fus heureux ce jour-là ! Mais
il a fallu attendre jusqu’au 25 Novembre pour la 2ème. Après
le courrier arrive plus régulièrement.
Et les jours, et les mois passent … Nous parlons souvent de la libération,
mais elle ne vient pas vite. J’avis toujours eu espoir pour Noël,
mais Noël est arrivé et pas la classe. Et nous en parlons
de moins en moins. Nous passons un bon Noël, enfin du moins à
côté des autres jours, car nous avons un bon morceau de viande
et des biscuits arrivés de France. Le 1er Janvier 1941 passe bien
au calme. Nous sommes au cœur de l’hiver que l’on redoute
tant. Au travail, on n’a pas très chaud mais dans la baraque,
on est vraiment bien car le charbon ne manque pas. Nous avons 4 poêles
qui chauffent nuit et jour. Enfin, on n’a vraiment pas lieu de se
plaindre.
Et l’hiver passe, les évènements se succèdent.
On reparle de plus en plus de la libération et on nous promet la
fin de la queue pour cette année. Pâques arrive, le temps
passe. Au début de Mai, on apprend la libération des pères
de 4 enfants, on apprend que des cultivateurs de la zone occupée
sont en congé limité. Le 19 Mai, on entend à la radio
que les vieux de 14 à 18 sont libérés. Nous attendons
avec impatience notre tour !
Un petit incident nous arrive : nos gardiens emportent notre poste de
TSF et nous revoilà de nouveau à entendre toutes sortes
de fausses nouvelles, toutes sortes de bobards qui ne tiennent pas. Enfin,
on apprend la prise de l’île de Crête et de 1200 prisonniers
et le calme revient.
La Pentecôte passe. Voilà un an de passé depuis la
Pentecôte 1940, jour où j’ai compris que c’était
la vraie guerre. Que d’évènements, que de surprises
de toutes sortes durant cette année ! Que nous réserve l’avenir
? Une seule surprise que nous souhaitons tous, c’est la classe !!!
Mais toujours des complications, on apprend que la Syrie est en guerre
avec les anglais, nous recevons des éloges de tous les allemands,
mais à quelques temps de là, on apprend la prise de Damas,
puis de Beyrouth, c’est sans doute la capitulation prochaine.
Déclaration de guerre Russie-Allemagne
On apprend la déclaration de guerre entre la Russie et l’Allemagne,
l’avance formidable des troupes allemandes, une grande destruction
de matériels et d’avions, un nombre important de prisonniers.
Le 14 Juillet, on apprend la rupture de la ligne Staline et le 15 la capitulation
de la Syrie que l’on prévoyait depuis quelques temps. Nous
apprenons aussi les menaces de l’Amérique sur Dakar. Sans
doute, dans un avenir prochain faudra-t-il qu’ils prennent les armes
contre l’Amérique. Ou cela nous mènera-t-il ? Vraisemblablement,
à une grande catastrophe dont la France subira sa grande part de
malheurs, mais en attendant, nous sommes toujours prisonniers.
Fin Juin, nous avons vu partir deux camarades dont un de la classe 19
et un autre plus jeune rappelé pour travailler dans son usine.
Quant à nous, nous avons fait les foins, 8 jours de beau temps
et c’est fini. Voilà la moisson qui arrive. Nous commençons
le seigle le 18 juillet, c’est du sale travail car il est tout tombé.
Le 17, un de nos camarades a trouvé la mort dans un accident d’auto.
Dernièrement, un camarade a été libéré
comme gendarme.
Le 16 Août, 10 collègues sont partis dans un autre Kommando
pour travailler dans d’autres fermes. Notre tour viendra aussi sûrement
car il n’y a plus assez de travailleurs et nous allons sans doute
rentrer la semaine prochaine à Stalag et être remplacés
par des russes : c’est en tout cas l’opinion générale.
Un petit incident est à noter à mon égard : au début
de la moisson, une barbe d’orge est venue se placer dans mon nombril
et a pénétré dans la chair causant un abcès
et une grosse inflammation. Mais malheureusement, notre brave médecin
est en permission, et avec le nouveau, nous ne sommes pas reconnus. Le
mal s’aggrave et je le garde un grand mois. Ayant demandé
un travail plus léger, on me met berger ! Et depuis le 19 Août,
je vais aux champs garder mes 59 moutons et les soigner. C’est un
poste de tout repos que je ferais bien jusqu’à la classe,
mais…?
En ce moment, on en parle de moins en moins et pourquoi sommes-nous toujours
ici ? Par la faute de quelques pantins qui sont restés tranquillement
chez eux, qui n’ont pas souffert ce que nous souffrons, car la souffrance
morale est la plus terrible de tous les maux.
Attentat contre Laval
Le 30 Août, nous apprenons l’attentat contre Laval, nous en
sommes tous stupéfaits. Ceux à qui le régime ne convient
pas, qu’on les envoie à notre place, nous ne serons pas fâchés
de la leur céder.
On nous dit qu’après les pommes de terre ramassées,
on sera libéré mais je n’y crois pas.
Le 9 Septembre on m’enlève mes moutons et on les emmène
où ils étaient précédemment. Le 11, on me
met au jardin. Je suis très bien. Tous les matins, j’ai mon
casse-croûte et du pain pour plusieurs repas alors mes camarades
en profitent aussi.
En ce moment, il fait très beau. Fin Septembre, début Octobre,
le temps est merveilleux, mais hélas l’hiver arrive à
grands pas.
Le 11 Octobre, un camarade cultivateur (Clotaire) part travailler dans
une autre ferme. En fait de libération, on nous disperse tous dans
les fermes. Le 20 Octobre, on a le plaisir pour eux, de voir partir deux
copains Saucelle père de 4 enfants et Rocard aîné
de 4 enfants. Ils s’en vont bien heureux. A quand ce beau jour pour
nous ?
Le même jour, on voit la première équipe de prisonniers
russes qui arrivent pour travailler. Ils sont, comme nous étions
il y a 17 mois, morts de faim. Un jour, nous leur avons donné du
rabiot de soupe, ils en étaient bien heureux, mais nous n’avons
pas pu leur donner quoique ce soit d’autre car c’est totalement
défendu y compris de leur parler.
Octobre se termine, voilà la Toussaint, on assiste à la
messe . Le lendemain, jour des morts on travaille toute la journée.
Et Novembre passe, très monotone. Voici Décembre avec ses
jours froids mais sans neige. Dans le courant du mois, nous apprenons
l’entrée en guerre de l’Amérique et du Japon,
ce qui n’est pas pour raccourcir notre captivité. Puis vient
Noël, seule fête connue par les Allemands. Nous l’avons
bien fêté mais à la française. La veille nous
avons vu un petit théatre organisé par les copains, puis
la messe et après le réveillon jusqu’à 2 heures
du matin. Pour la première fois depuis ma captivité, j’ai
bu du vin : 4 litres à 8. Nous avons mangé 3 lapins et beaucoup
de choses françaises reçues par colis avec café et
« gniole ». Le lendemain après-midi, nous avons été
a un théâtre organisé par un Kommando voisin. C’était
très bien réussi.
Le jour de l’an 1942 est passé, bien calme. Nous n’avons
pas travaillé. Vers le 20 Janvier, la neige commence à tomber.
Nous voilà au creux de l’hiver. Nous balayons la neige presque
tous les jours et jusqu’au 19 Mars, nous piétinons dedans.
Moi, je n’ai pas trop à me plaindre car j’ai passé
le plus fort du froid à travailler au chaud à faire des
paillassons ou trier de la paille avec mon camarade Bouquinet.
Le 19 Mars, 20 camarades nous quittent pour aller dans un autre Kommando
près de Berlin. Notre effectif est réduit à 63 et
le temps passe… Nous espérons pour l’année 42
que ce se sera la finale.
Voici Pâques, la vie continue. Le beau temps arrive. On espère
de plus en plus. Avec les beaux jours, vient l’idée d’évasion
dans certaines têtes. Ainsi le 16 Mai, notre chef de Kommando l
adjudant-chef Helly part avec un de ses camarades le sergent-chef Hossamp.
Ils sont repris 8jours plus tard à 40 kms de la frontière
Suisse : « fatalité ». Le 7 juin, trois autres partent,
le sergent Oberlé, les soldats Courtois et Tom Jacques. Auront-ils
plus de chance ?
Ce ne sera sans doute pas les derniers car le moral baisse de plus en
plus, les esprits changent. Je suis à peu près certain que
80% de ceux qui étaient favorables à la propagande allemande
ont changé d’avis. Beaucoup ont trop bien compris, car «
on » ne leur a rien dit, ils ont vu….Le 19 Juillet, toujours
pas de nouvelle des évadés. Sans doute sont-ils passés.
Je leur souhaite.
A part cela, toujours la même vie, on parle de la « relève
» (c’est du bourrage de crâne ). Personne n’y
croit . Nous entendons pourtant tous les soirs à la TSF, la campagne
faite à ce sujet . Mais les français ne se laissent pas
si facilement prendre à l’hameçon. Enfin, nous ne
perdons pas confiance que bientôt viendra notre libération
tant souhaitée.
Hélas, les camarades évadés n’ont pas eu plus
de chance que les autres. Ils ont été repris et envoyés
dans un camp en Russie. Beaucoup, d’évènements se
sont passés depuis les dernières lignes que j’ai écrites
: tout d’abord, dans notre baraque, on nous enlève la radio,
plus d’informations. Les bobards reprennent de plus belle.
Nous apprenons l’avance allemande dans le Caucase au prix de mille
difficultés et de pertes énormes, la guerre avec le Brésil,
la capitulation de la Finlande et par contre l’échec total
du débarquement anglais à Dieppe très souhaité
par bon nombre de prisonniers qui voyaient là, le seul moyen de
hâter leur retour. Nous apprenons également que le 11 Août,
le premier train de prisonniers relevés est arrivé en France.
Que de paroles, elle fait dire, que d’encre, elle fait couler cette
relève, qui n’est autre qu’un sujet de propagande.
De plus, comment ne pas comprendre qu’on se fiche de nous lorsqu’on
nous dit qu’il faut 3 spécialistes pour faire libérer
un prisonnier ! Seuls quelques uns tirent profit de cette chose, mais
ce n’est pas nous !
Aujourd’hui 30 Août 1942, il fait une chaleur terrible, mais
hélas l’hiver approche à grands pas. Le passerai-je
ici ? Seul l’avenir me le dira ! Mais je le crois fort.
Septembre, Octobre passent normalement. La Toussaint arrive annonçant
l’hiver. Le 3 Novembre, un camarade de Tours Robert Beguin est rappelé
à Stalag pour être renvoyé chez lui au titre de la
relève comme père de trois enfants. Ceci surprend beaucoup
d’entre nous. La relève continue.
Débarquement des américains en Afrique du Nord
Ce mois-ci, on apprend le débarquement des américains en
Afrique du Nord, le recul des allemands et de italiens en Lybie.
Voici Décembre et Noël, le 3ème Noël passé
ici ! On le fête du mieux qu’on peut et toujours à
la française. Le jour de l’an 43 est pareil et tous, avec
un grand espoir, pensent que ce sera le dernier puisque cela va assez
mal en Afrique ainsi qu’à l’Est.
Le 22 Janvier, deux camarades partent pour la relève (Claudin classe
20 et Poisson classe 21, père d’un enfant). Je reste un des
plus âgés, mais hélas la relève ne tient pas
compte de cela.
Le 3 Avril, c’est notre cuistot qui part (Jean Boisset) ce qui me
démoralise complètement car il est bien plus jeune que moi
et a deux enfants également. Je ne crois plus à mon départ
par la relève surtout que l’on parle de mettre une grande
partie des prisonniers comme travailleurs civils. Je serais heureux d’y
être. Ne serait-ce que pour les 15 jours de permission.
Le 28 Mars, mon beau-frère Georges est venu me voir. Quelle surprise
! Et quelle joie de revoir quelqu’un de sa famille après
n’avoir vu personne depuis 3 ans. Il est revenu le 9 Mai. Je suis
toujours très heureux de le revoir. On reparle de beaucoup de choses
du pays, ce qui fait bien plaisir.
Pâques est passé tout à fait normalement. Le 14 Mai,
on apprend que tout est fini en Afrique. Ce qui n’abaisse pas le
moral, puis l’offensive russe avec de lourdes pertes pour les allemands.
A l’ouest, tout est calme depuis quelques temps, puis débarquement
des anglais en Sicile, en avance lente mais sûre et un beau jour,
on apprend que c’est fini.
Le calme revient de ce côté, ce qui donne lieu à beaucoup
de suppositions, mais le 3 Septembre, on apprend qu’ils ont débarqué
en Italie.
8 Septembre, deuxième débarquement, le moral renaît
et devient bien meilleur. Le 9 au matin, quand nous apprenons, sans détail,
que l’Italie a capitulé, un nouvel espoir naît et nous
espérons de plus grandes surprises encore dans le courant de l’hiver.
Nous attendons patiemment.
Janvier 44. Passer les 5èmes Noël et Jour de l’An en
dehors de la maison est de plus en plus monotone. Nous sommes bien déçus
des affaires d’Italie. Rien ne bouge plus sauf du côté
russe où l’avance se poursuit. Ils sont arrivés en
ancienne Pologne. De leur côté, les anglo-américains
bombardent beaucoup par grosses attaques aériennes, Berlin est
à peu près anéanti ainsi que beaucoup d’autres
villes depuis le premier janvier. Mais jusqu’ici rien chez nous
heureusement.
Février, Mars, presque chaque jour, il y a des alertes. Nous voyons
lorsque le temps est beau, des formations d’avions en quantité
innombrable. Ils ont l’air de se promener tranquillement, passent
au dessus de nous et vont bombarder plus loin. Quelque fois, un chasseur
descend en trombe et mitraille tout ce qu’il voit d’intéressant.
Débarquement en Normandie
Le 6 Juin à midi, nous entendons la radio annonçait l’invasion.
Le débarquement est commencé. Nous sommes inquiets. Tiendront-ils
? Nous l’espérons. Nous souhaitons être 8 jours plus
vieux, mais lorsqu’au bout de 8 jours, nous constatons les progrès,
nous reprenons confiance.
En ce moment, Juillet, je crois que les allemands sont partout débordés;
Les russes approchent de la Prusse Orientale, les anglo-américains
avancent en Italie et en France. Est-ce l’année de la délivrance
?
Le 20 juillet, attentat contre Adolf Hitler(blessé à la
main droite, je me passe de commentaire). En France, nous voyons le front
s’élargir, la Bretagne, la Vendée, Chartres, etc.,…
Et nous, comme distraction, on nous annonce qu’il faut travailler
le samedi toute la journée et le dimanche, nous attendons le prochain
pour voir comment cela se passe..
Aujourd’hui 15 Août, nous apprenons un nouveau débarquement
entre Toulon et Cannes, nous attendons avec impatience de nouveaux détails
– Tout va bien –. Le 23, nouveau débarquement à
Bordeaux, nous apprenons aussi la libération de Paris. Belle journée
– sans commentaire-.
Le 24, nous apprenons la capitulation de la Roumanie. Le 25 on apprend
que Paris n’est pas complètement libéré, ils
se battent encore à certaines places. Ce même jour , mon
cher Felix Hampf est parti soldat. C’est la 4ème fois qu’il
doit partir, mais ce coup-ci, plus de rémission, il est parti.
et l’entrée du Général De Gaulle. Les évènements
se précipitent. Les anglo-américains entrent en Belgique,
puis en Hollande, ils poussent vers l’Est et c’est la capitulation
de la Finlande et de la Bulgarie.
Aujourd’hui, j’apprends la prise de Poitiers (le 8 septembre)
et cela continue jusqu’à la libération complète
de la France.
Voici le 6ème Noël et le jour de l’An 45, avec avance
des allemands sur la Belgique, jusqu’à Sedan puis enfin arrêtés.
Les russes avancent rapidement et ce 23 Janvier, ils sont en certains
points, à 300 kms de Berlin et ils continuent d’avancer.
Le 26 Janvier 45, nous rentrons au stalag; Le 29, nous partons pour Niedassée
près de Berlin au camp de Wissengrund. Nous restons là 3
jours. Le 1er Février à 5h00 du matin, on vient nous réveiller
et nous dire que nous devons faire des fortifications autour de Berlin.
Après bien des protestations de nos chefs, nous sommes obligés
de partir, sous peine de passer au poteau.
Nous sommes au Nord de Berlin pour faire un fossé anti-char. Nous
voyons passer des enfants, des femmes, des vieillards avec des bêches
qui partent faire des barricades, et aussi des civils de tous les pays
bien encadrés par d’autres civils armés.
Au total, tout Berlin doit préparer la défense. Le 18 Février,
nous avons fini notre fossé anti-chars. Nous rentrons à
Wissengrund.. Durant toute une semaine, nous ne faisons plus de fossé
mais approchons les matériaux, tels que ferrailles, bois, gravats,
etc.,…(protestations de la Croix Rouge). Puis on déblaie
des rues, on enterre des morts.
Le 1er Mars, je rentre à l’infirmerie pour une grippe. Il
s’agit d’une petite chambre à 8 lits avec deux malades
seulement. La porte ne tient pas fermée, nous avons un poële,
mais pas de bois, ni charbon. Sur la porte, il y a écrit «
fiévreux », mais il y fait plutôt comme dans une glacière.
Je sors le 8, et il faut reprendre le boulot avec pour nourriture une
boule de pain de 2 kg pour 8, 1/3 de litre de soupe aux rutabagas et 4
ou 5 pommes de terre selon la grosseur, qui souvent sont gelées.
Les évènements suivent leur cours. Le 25, nous apprenons
que les anglo-américains ont traversé le Rhin, et les jours
suivants l’étendue des armées sur le territoire. C’est,
je crois bientôt la fin, mais hélas la verrons-nous ? Car
avec les bombardements continuels de nuit comme de jour; il y a eu 45
alertes en 30 jours !, la nuit, ça va, nous sommes au camp, mais
le jour, nous sommes en plein Berlin. D’ailleurs, le 18 Mars, nous
étions dans le centre, dans une cave, qui par moment, nous chauffait
plutôt les pieds et lorsque nous sommes sortis, tout était
en feu autour de nous.
De plus, depuis 8 jours, les « Chleus » n’ont jamais
été aussi mauvais. Tous les soirs, il y a fouille quand
on rentre au camp. Ils nous fauchent tout le pain, la viande, les légumes
que nous récoltons pendant notre travail.
Le 14 Avril, le moral n’a jamais été aussi bon. Les
anglo-américains s’approchent de nous. Il y a de forts mouvements
de troupes dans Berlin et les habitants font triste mine. Le 20, il y
a une chaude alerte : nous ne devons pas aller travailler en raison d’une
grande avancée sur Berlin. A 8h00, contre-ordre, nous partons au
boulot. Il y a une alerte jusqu’à midi. Nous rentrons à
la baraque où les autorités allemandes prennent des dispositions
de toute urgence en collaboration avec les français en vue d’évènements
graves.
Le 21, nous partons comme d’habitude au boulot. Vers 11h00, un des
camarades qui était au milieu de Berlin pour le ravitaillement
voit des obus arriver, un des chevaux est tué, l’autre blessé,
mais heureusement, lui rien..
Le 22, nous entendons le front se rapprocher. Le 23, les allemands sont
en position tout autour du camp et tirent toute la matinée, sans
réponse. Les russes, sont plus avant, entre nous et le centre de
Berlin. Que nous réserve la fin de la journée ? Rien
Le 24 Avril, départ du camp à 2h00 du matin, en direction
de Nauen.. Après 40 kms de marche, la route est barrée .
Les russes sont dans le pays où nous devions aller. Nous entrons
dans un bois, mais le capitaine veut absolument passer. Nous repartons
pour essayer, mais l’artillerie russe tire en plein sur la route,
alors nous faisons demi-tour et abandonnons les sentinelles qui ont peur
des russes et veulent à tout prix passer.
Le 25, nous dormons à poings fermés dans une écurie
et vers 4h00 du matin , les russes sont là !!
Sans aucun coup de fusil, ni de mitrailleuse, nous sommes libres !! Ouf
!!!!
Un officier russe nous dit de nous éloigner du front.. Ceci se
passait à Vetz. Nous nous dirigeons vers Nauen équipés
d’un tracteur et de deux remorques pour notre transport et d’une
autre remorque tirée par deux chevaux pour les bagages. Nous passons
la nuit , et le lendemain nous allons jusqu’à Vehlefanz.
Nous nous y reposons la journée du 27 en nous ravitaillant du mieux
possible.
Et à ce moment là, je me suis mis à voir et à
revivre les mêmes choses qu’en 1940. Il y a moins de victimes,
mais du matériel et des chevaux, les rues en sont jonchées.
Les maisons et les villages sont abandonnés et pillés. Toutes
les horreurs de la guerre !
Les allemands voient tout ceci chez eux, ce qui n’était jamais
arrivé . Ils n’avaient malgré tout pas eu peur de
le faire en 1940.
Nous nous reposons les 28 et 29. Nous apprenons la jonction des armées
russes et anglo-américaines près de Leipzig et une jonction
imminente au Nord-Ouest, ce qui nous plaît car nous nous dirigions
vers l’Est, mais avec regrets.
Nous stationnons à Vehlufünz en attendant une organisation
quelconque car la radio nous dit de ne pas bouger, d’attendre. Ce
que nous faisons au prix de mille difficultés.
Le 2 Mai, nous apprenons la mort de Mussolini et d’Hitler, la capitulation
de l’Italie, une jonction à Witenberger, ce qui nous fait
sourire car nous allons peut-être pouvoir revenir vers l’Ouest.
Le 3, repos, le 4, quelques camarades partent « tenter » leur
chance. Le 5 nous préparons notre départ en direction de
l’Ouest. Le 6, à 8h00, nous partons pour Vehrbeline où
nous passons une bonne nuit..
Le 7 à 7h00, nous partons toujours vers l’Ouest, mais après
des bifurcations imposées, nous arrivons à Ganzer au Sud
de Neurufin. Nous nous reposons le 8. Des camarades ont essayé
de pousser jusqu’à l’Elbe, mais les troupes russes
les ont arrêtés
Capitulation de l'Allemagne
Quelques uns ont paraît-il pu passer, mais maintenant, il est impossible
d’approcher. Le 9, nous attendons ainsi que le 10. Nous mangeons
comme nous pouvons. Hier, pour la première fois de ma vie, j’ai
saigné un cochon et je ne m’en suis pas trop mal tiré.
Nous avons touché un peu de pain par l’intermédiaire
de l’infirmière et de l’organisation russe.
Mais les jours passent et nous semblent bien longs. Le 11 repos encore,
mais nous avons décidé de partir le 13. 5 camarades partent
demain en direction de Havelberg. Nous avons décidé de prendre
le même chemin. Nous serons ainsi plus près des anglo-américains
avec toujours l’espoir de passer de leur côté.
Depuis quelques jours, on parle de la capitulation de l’Allemagne
mais rien ne nous l’a confirmé. Le 12, repos et le 13, contrairement
à ce que nous avions décidé, nous retardons notre
départ d’une journée et changeons de direction. Nous
partons le 14 en direction de Kyritz.
Nous arrivons à 11h00 et nous nous installons dans un petit garage.
Nous sommes 4. Nous allons nous faire inscrire et allons nous coucher
de bonne heure. Le 15 à 7h00, je vais chercher les bons de ravitaillement
et à 8h00, je fais la queue pour la soupe. A midi, rapport, à
13h00 distribution de tabac et à 15h et 20h soupe.
Le 16, c’est la même chose. Le 17 à 6h00, un camarade
vient nous annoncer que les français passent l’Elbe à
Witenberg. Aussitôt debout, nous partons à 7h30 jusqu’à
Perleberg (43 kms). Le 18, nous partons à 5h00 en vitesse pour
l’Elbe où nous arrivons à 9h30, mais il faut attendre.
Hier, personne n’est passé. Allons-nous pouvoir passer aujourd’hui
???
Et bien, Oui ! A 5h00, nous sommes passés en radeau, 100 à
la fois, et nous sommes tous bien heureux car les russes sont peut-être
de bons garçons mais ils nous ont quand même laissé
une mauvaise impression et de mauvais souvenirs. Nos montres, nos alliances,
les briquets, le chocolat, les cigarettes devenaient leur propriété,
mais par contre, ils nous laissaient une entière liberté,
ne s’occupaient pas de nous sauf les derniers jours que nous avons
passé à Kyritz.
Nous avons été très bien accueilli pas les américains.
Après avoir traversé l’Elbe, ils nous ont emmené
dans une prairie à quelques kilomètres de là, et
ensuite, nous sommes partis en camion dans une ferme où ils nous
ont servi des pommes de terre et des conserves.
A la première impression, on voit qu’il y a beaucoup plus
d’ordre que de l’autre côté, et même les
civils allemands ont davantage le sourire. Ils peuvent d’ailleurs
continuer à travailler car ils ont leurs chevaux et vaches, tandis
que de l’autre côté, il ne leur reste rien, rien, rien.
Le 19 à 19h00, un train amenant des russes, nous emmène
à leur place et nous voici partis à petite vitesse car les
voies ne sont pas encore en état. Nous partons donc de Geestgotteberg,
et à la gare suivante, nous touchons pour une journée de
vivres (SeeHauser). Nous roulons toute la nuit à faible allure
en direction de Hanovre. En cours de route, nous changeons de direction
et nous arrivons vers minuit à Hildesheim où nous stationnons
le 21 jusqu’à 13h00.
A ce moment, on fait descendre seulement les prisonniers pour monter dans
des camions. Ils nous emmènent dans un camp d’aviation et
à l’arrivée, contrôles, désinfection,
soupe et logement. Après s’être nettoyés, nous
nous couchons, car après deux nuits passées dans le train
presque sans dormir, nous sommes épuisés. Nous avons touché
des vivres pour le casse-croûte et le lendemain à 8h00 départ
pour la gare où nous touchons des vivres pour un repas. Nous attendons
un grand moment que le train se complète.
A 14h00, le train part pour Lherte, , « petit berlin », Minden,
Erfort où nous passons la nuit dans les wagons. Le 23, départ
à 6h00, nous faisons une pose à München et repartons
à 8h00 en direction du Rhin que nous traversons à 18h15
à Vesel. Mais après la traversée, nous allons au
ralenti et resdescendons le long de la frontière hollandaise que
nous atteignons le 24 à 18h30. Après avoir fait une halte
à Herzogeurath, nous repartons à 19h30, voilà la
nuit, nous ne voyons plus rien. A 2h00 du matin à Mestrich, nous
touchons du bouillon et du pain d’épice et en route pour
Lüge où nous sommes accueillis chaleureusement .
Il est 8h15, tous les habitants aux portes et fenêtres nous saluent
et nous font des gestes amicaux, nous jettent du pain et ce, tout le long
de la route jusqu’à Namur où nous arrivons à
13h30. Nous sommes accueillis au son de la Marseillaise. Après
une courte halte, nous partons pour Charleroi et y arrivons à 15h20.
Nous avons le même style de réception et nous sommes ravitaillés
par les bons soins de la Croix Rouge. Départ à 16h15 pour
Erqueline, gare frontière belge.
Nous entrons en France à Jeumont à 16h15. Passer cette frontière
tant attendue, quelle joie !! Impossible à décrire !!. Nous
sommes accueillis par une foule admirable et surtout par la Croix Rouge
qui nous ravitaille merveilleusement. Nous repartons à 17h00 pour
Maubeuge où nous arrivons à 18h00 avec encore un accueil
chaleureux et distribution de tartines et de bières. Nous repartons
aussitôt pour St Quentin.
A 22h00, là encore ravitaillement 2 bonnes tartines et un verre
de vin que j’ai trouvé bien bon et De nouveau en voiture
pour Paris où nous arrivons à la Gare du Nord le 26 à
4h00 . Des autobus nous conduisent au Vel d’Hiv pour passer le reste
de la nuit. Nous avons encore un casse-croûte et un verre de vin.
Puis, on nous emmène à Orsay avec de nouveau, casse-croûtes
à volonté, bière et café. Après les
formalités, on prend une douche, désinfection, visite médicale,
radio. On nous donne des bons de colis, de tabac, échange d’argent
et prime.
De là, je pars à l’amicale des employés de
la TCRP pour affaires personnelles et j’arrive chez mon frère
bien fatigué et je leur cause une grande surprise !!!
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